Les cèpes

Source : Traditions et cuisine du Limousin
Recettes limousines de nos grands-mères
Marie-Pierre MAZEAU-JANOT et  Louis GILDAS
Editions CPE

Préface de Gérard BARDON

Il y a des moments dans la vie de chacun qui marquent le subconscient d'une manière indélébile. Des moments qui reviennent sans cesse. Des moments qui vous tirent une larme ou un sourire. Des moments d'une infinie simplicité, d'une infinie douceur qui feraient rire nos plus grands penseurs, nos éternels donneurs de leçons. Trésors cachés dans la mémoire, blottis au fond du coeur et qui aide à vieillir...

(Je vous conseille vivement ce livre !)

 La saison des champignons  
(extrait ...)

"Ya pas de saison pour l'champignon" disait en forme de boutade l'oncle Pilou. Sans avoir tout à fait raison il n'avait pas non plus tout à fait tort. A preuve je me souviens de certaines années pluvieuses où l'oncle en ramassait du printemps à la fin du mois de novembre.

Comment faisait-il ? Où allait-il ? Là était le mystère. Il donnait ses champignons - pour être tout à fait juste il les vendait aussi - mais jamais au grand jamais il n'aurait dévoilé l'endroit ou les endroits où il les cueillait. C'était son secret. La recherche de champignons en Limousin relève en effet du secret le plus absolu ... Le "secret défense" dont les commentateurs du temps présent nous rebattent les oreilles, n'est que plaisanterie à côté des arcanes de la "chasse" aux champignons en Limousin.

Chasse ? On aurait pu tout aussi bien dire battue à ceci près que la battue est le fait d'un groupe alors qu'il est bon de traquer le bolet solitairement. Il est bon ? Non il est indispensable !!! En Limousin on peut tout partager mais la tête sur le billot on ne donnera à personne ses coins à champignons.

Sur cette aimable terre limousine lorsque l'on dit champignons on pense invariablement cèpe ! Ce cèpe qu'en d'autres régions l'on nomme bolet. Les autres espèces ne sont ici que quantité négligeable, toutes sauf les girolles...

"Hum ! ça sent le champignon".  Lorsque venait la grande époque on partait de bon matin par des chemins détournés. Pensez il ne fallait pas donner l'éveil, en évitant soigneusement les rencontres, à fortiori, les rencontres de voisins ! ...

De bon matin nous étions parti tous les deux lui devant et moi derrière à califourchon sur le porte-bagages de son pétarou. Après avoir longé le bois, bifurqué dans un chemin creux et remisé discrètement la machine, nous nous sommes enfoncés sous les frondaisons. Le panier d'osier à bout de bras j'observais Pilou, qui une baguette à la main soulevait délicatement les feuilles mortes. Et bientôt c'était un, puis deux, puis trois, puis ...

Rentrés comme étions partis, avec un panier de champignons en plus, une sacré différence tout de même !

 

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