Pendant plus d'une dizaine d'années, nous sommes allés passer de belles vacances près de Grenoble. Non loin de notre villégiature, le magnifique château de Vizille et son parc à l'anglaise, splendeur de verdure, sa roseraie somptueuse et son parc animalier. Construit au XVIIe siècle, le château est devenu depuis musée de la révolution.

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Ou la naissance d'une révolution

 

C'est l'orage sur cette France de 1788 !

L'ancien régime, porte bien son nom, il est vieux est usé. Un monarque, Louis XVI, considéré comme un roi absolu, absent et médiocre. Près de lui, une poignée de privilégiés, 4 % à peine de la population, la noblesse et le clergé ! A quelques exceptions près ils ont tout ! la noblesse, l'argent, les terres et sont les seuls à accéder aux responsabilités militaires, religieuses ou juridiques. Ils ne paient pas d'impôts, ils en vivent.

A leurs pieds, le tiers état ! supportant tout l'édifice par le travail et les impôts. Une masse de gens, privés de droits, comprenant aussi bien la bourgeoisie que le misérable. 1788, la France est malade. Épuisée par les guerres, les dettes, le train de vie de la cour, le trésor est vide !!!!!!!!! Où trouver l'argent ? Le tiers état ? il est à bout de souffle, la noblesse, le clergé ? ouh lala ! touche pas à mes privilèges !!!!!! Il faut tout repenser, tout réformer, contraindre noblesse et clergé à payer l'impôt.

Les impôts directs rapportent par an 190 millions de livres au trésor. Les impôts indirects (le plus impopulaire étant la gabelle) rapporte 120 millions de livres par an aux fermiers généraux qui en font la collecte, l'état au final n'en perçoit que 40 millions ! La différence engraissant les fermiers généraux. Malgré ses importants impôts, les caisses sont vides, une grande partie du budget est absorbée par les pensions des courtisans qui vivent grassement à la cour. Au total 15 000 personnes qui isolent le roi et le tiennent ignorant des réalités de la situation du royaume. La crise de la France est d'autant plus paradoxale que le pays est le plus riche d'Europe,

Le 3 mai 1788, est promulguée une série d'édits qui réduisent à néant les pouvoirs des parlements. Des troubles s'ensuivent !!!!!!! à Pau, à Toulouse, à Rennes ... et bien sur à Grenoble où les édits touchent une noblesse attachée à ses privilèges. La riposte est immédiate  ... l'engrenage commence ...

Vizille ! berceau de la liberté, la leçon de la France. Ces qualificatifs montrent l'immense retentissement de l'assemblée du 21 juillet 1788. Le château de Vizille ... Les députés sont réunis. Devant la porte du château, le peuple qui se presse hurle, "vive l'état, vive l'assemblée".

Parce qu'elle affirme clairement et pour la première fois la volonté de mettre en échec le pouvoir royal, ensuite parce que dépassant le cadre d'une province, l'assemblée du 21 juillet 1788 lance un appel à la nation tout entière pour définir par la voix des états généraux un autre ordre politique. Vaste mouvement qui aboutira aux bouleversements de l'été 1789 et à la chute de la monarchie absolue. Diffusée dans toute la France, la délibération de Vizille soulève un enthousiasme extraordinaire ! D'une fronde contre le roi, les privilégiés viennent de déclencher en quelques mois un mouvement qu'ils ne pourront plus contrôler et qui ne va pas tarder à se retourner contre eux !

La révolution est en marche ...

En 1792, chute de la monarchie.
Le 21 janvier 1793 Louis XVI est guillotiné.

Le 16 octobre 1793 Marie Antoinette est à son tours guillotinée, son époux a eut droit au transport en carrosse, Marie Antoinette fera le chemin en charrette, les mains liées !!
Marie Antoinette, en savoir plus ... ICI

Convocation des états généraux

Assemblée des trois ordres du royaume, clergé, noblesse et tiers états. Cette assemblée avait réunie pour la dernière fois en 1614, lors de la régence de Marie de Médicis.

5 mai 1789, les états généraux s'ouvrent à Versailles. Dans la salle des "menus plaisirs" 1165 députés, la famille royale, la cour, les privilégiés en grand apparat et le tiers état.
Le 4 juin 1789 le petit dauphin meurt ! Il a 7 ans.  Louis Xavier Joseph François de France est le deuxième enfant du couple royal. Louis XVI est accablé, il demande que soit retardé les débats des états généraux quelques jours, le temps d'un court deuil, les députés refuseront.

Serment du jeu de paume

Le 20 juin 1789, les députés du tiers état se voient refuser l'accès à la salle où se tiennent les séances des états généraux. Qu'à cela ne tienne ! ils iront dans la salle du jeu de paume, et c'est là qu'ils jurent solennellement de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France.

Journalier

Un journalier vizillois gagne entre 7 et 18 sous par jour. Dans les bonnes années il ne travaille guère plus de 120 jours ! La journée est de 14 heures, il doit travailler environ 28 heures pour acheter 500 grammes de viande, 36 heures pour acheter 480 grammes de sel !!! Le prix d'une vache équivaut à une année et demi de salaire.

100 000 livres

C'est le revenu annuel d'une "bonne famille noble".

Autres salaires journaliers

Enfant de manufacture : 5 sous
Domestiques : 10 sous
Ouvriers : 15 à 20 sous
Contremaître : 40 sous
Petits artisans : 50 sous

Colporteurs

Magasins sur le dos, ils fuient la rudesse de l'hiver et la pauvreté des montagnes. Sur les routes de France, les "porte-balles" vendent mercerie, almanachs, remèdes ... Ils colportent aussi des idées nouvelles. Discrètement, car ils risquent les galères, certains diffusent des ouvrages censurés par le roi. Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Diderot ... Ces idées (les lumières) vont marquer profondément la révolution française.

Révolte, femmes

Sire, vous croyez que vous pouvez à votre gré culbuter, renverser, exiler, changer la forme de tout. Et après avoir imposé le silence au sexe défenseur, vous vous moquez du sexe faible que l'on croit toujours content pourvu qu'il lui reste ses pompons, ses plaisirs et la coquetterie de ses hommages ! Sire vous vous trompez ! Notre parti devient le plus souvent redoutable. L'histoire vous apprendra que, dans tous les siècles, l'esprit des femmes à toujours influé sur l'esprit national. Il n'est pas une de nous qui ne brûle de ce feu patriotique, prête à se livrer aux plus grands sacrifices. Vous avez beau nous intimider par les marques de la puissance et de la force. Vos soldats, vos bombes et vos canons ne nous feront pas reculer d'un pas. Nous leur opposerons le front du courage sous le costume léger d'un casque de gaze ...

Les femmes du Dauphiné au roi.

L'on sait tout sur les malheurs de Marie Antoinette, mais que sait-on de ces femmes du peuple qui lutteront avec acharnement pour la conquête de la liberté ? L'histoire officielle s'efforcera de taire leurs actions !
 

Olympe de Gouges 1748-1793 - biographie ICI

Née Marie Gouze, à Mautauban en 1748. Fille de Pierre, boucher de la ville et de Anne Olympe Mouisset. Sa mère lui apprend qu'en réalité elle est fille d'un noble puissant et influent (et poète ) Jean-Jacques  Lefranc de Pompignan. Elle manquera d'éducation, se mariera à l'âge de 16 ans, deviendra vite mère et veuve ! Elle est considérée comme la première à avoir instituer les sociétés des femmes. Elle se battra pour la libération des esclaves, pour la construction de maternités, elle revendiquera l'égalité des droits de la femme, demandant le droit de vote pour celles ci. En 1791 elle publie la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. En 1793, elle sera guillotinée en raison de ses idées girondines.

La journée des tuiles (7 juin 1788 à Vizilles)

- L'image est on ne peut plus nette  chez moi. Il y avait deux régiments contre lesquels le peuple se défendit avec des tuiles qu'il jetait du haut des maisons. De là le nom de la journée des tuiles ... Mes parents ayant quitté le dîner et moi même étant seul à la fenêtre d'une chambre donnant sur la grande rue, je vis une femme qui tenant à la main ses vieux souliers, criait de toutes ses forces "je me révorte, je me révorte". Je pensais encore à la vieille femme quand je fus distrait par un spectacle tragique. Un ouvrier chapelier, blessé dans le dos d'un coup de baïonnette, marchait avec beaucoup de peine, soutenu par deux hommes ... Il était sans habit, sans chemise et son pantalon était remplis de sang. -

Le spectateur a 5 ans, Il s'appelle Henry Beyle. Il racontera cette scène 43 ans plus tard sous le nom de Stendhal (vie d'Henry Brulard)
 

 Une partie des sources provient de :
 Barthélemy de Vizille
(Michel Etievent)
 

Photos ici

 

 

© Martine Eloy 2006